J'ai passé ma vie à admirer les autres. Parfois à les envier, aussi malsain que ça puisse paraître. Mais c'est tellement difficile de ne pas admirer ce que je n'ai pas réussi à faire. Je n'ai aucune volonté. Lorsqu'il s'agit de me prendre en main, je me lâche aussi vite que je m'effleure. Je n'accepte pas la partie de moi qui a échoué. Celle qui souhaitait commencer une thèse, écrire des articles, entrer dans le monde de la recherche. J'ai passé deux ans à revenir vers mon ancien professeur, comme un patient qui n'arrive pas à quitter le cabinet de son psy. Elle croyait en moi. Elle a toujours cru en moi. Et comme le moi ne veut plus croire en rien, j'avais besoin au moins que le monde extérieur me donne son approbation.
Je n'ai pas honte d'avouer ouvertement la mort de ma volonté. Aussi loin que je me souvienne, ni dans le système scolaire ni dans mes études supérieures je n'ai, un seul instant, abandonnée ma volonté. Aujourd'hui, la société l'a tué. Non, il ne s'agit pas d'une façon beaucoup trop simpliste de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre que moi. Après tout, vous me direz, c'est ma volonté et celle de personne d'autre. Pourtant, c'est le cas. C'est elle qui me ferme les portes, me les claquent sous le nez parce que je ne connais pas un tel ou un tel, parce que je n'ai pas 10 ans d'expérience dans mon domaine, parce que je suis inutile tout simplement. 7 milliards de personnes à contenter sur cette terre, comment espérer alors que ma petite personne, ma pauvre singularité soit prise en compte ?
Chaque matin, je répète les mêmes gestes, j'entends les mêmes bruits, même la respiration de ma famille m'insupporte. La mienne avec. Indeed, recherche d'emploi, série, parfois la mer. Je connais les rues de ma ville par coeur, au point d'en avoir la nausée. Tout ce temps libre inutilement gâché à errer parce qu'il semblerait que je sois incapable de l'utiliser à bon escient. Lire, écrire, trouver un sujet de thèse, monter un projet artistique, monter une association, une entreprise, rêver grand, avoir de l'ambition…ces actions me laisse indifférente. Une fois commencée, je ne les termine jamais. J'aimerais croire au soutient de mon entourage mais, il semble bien faible comparé à ma capacité d'auto-destruction.